LE MOULIN DE MUREL

 
 
 
 
On aperçoit de gauche à droite  grange-étable, le bâtiment comprenant la salle des meules et les habitations, le pigeonnier, le four et la bergerie.

 
Le moulin de Murel est le premier moulin situé en amont, sur le Haut Vignon. Il se trouve à 1200 mètres de l’Œil de la Doux, et à 400 mètres de l’endroit, où le ruisseau devient permanent. Précédé d’une longue retenue, qui s’efforce avec difficulté, de barrer le cours naturel du Vignon, il bénéficie donc d’une grande quantité d’eau, qu’il peut utiliser à sa guise.

 



 
 
 
 
 

 
 
 
 

Le moulin, au soleil levant.

Le moulin bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel du matin jusqu'au soir. Fait à signaler, car très exceptionnel pour un moulin. 
Les autres moulins de la vallée n'ont pas cette chance, car le Vignon fait un coude de 90°, peu avant le moulin suivant du Pic Haut.


 
 
 
 
 

L'HISTOIRE DU MOULIN


 
 
Sa fondation

Son fondateur est probablement le prieur de Murlat, dépendant du doyenné de Souillac, lui-même seigneur d’une partie de la paroisse de Murel. Le doyenné de Souillac, fondé par l’abbaye auvergnate d’Aurillac, au Xème siècle, reçut des dons de la famille de Saint Géraud d’Aurillac et de Frotaire, comte de Quercy. Le moulin a pu être édifié dès cette époque, et servir de moulin bannier ou banneret, à la paroisse de Murel. Après l’achat de la vicomté de Brassac-Montvalent, vers 1170, les vicomtes de Turenne s’établissent fermement sur le Causse de Martel. 
En 1298, Raymond VI de Turenne, et Augier de Durfort, doyen de Souillac, se disputent la Justice de Murel. Finalement, le vicomte obtient les droits de la Haute Justice, mais ne peut ériger ses fourches patibulaires, près du repaire de Murlat. Le doyen conserve la Justice Basse. Il est donc possible que le vicomte ait eu des droits sur le moulin de Murel, à titre de seigneur Haut Justicier, les partageant ainsi, avec le prieur. Mais le prieur, installé dans le repaire, ou château de Murlat, domine la vallée du Vignon, et surveille le passage. 
Au début de la Guerre de Cent Ans, en 1356, les consuls de Martel écrivent au vicomte de Turenne, pour qu’il mette au repaire un capitaine sûr et fidèle. En 1357, ils se plaignent de personnes, qui veulent s’installer à Murlat, pour « inquiéter » Martel. Le repaire, pris ou occupé par des partisans des Anglais, à la solde du doyen de Souillac, Pons de Borme, est commandé par Thomas le Gallois, routier du Prince Noir. Le pape Grégoire XI, frère du vicomte de Turenne, écrit deux lettres au doyen, pour l’engager à faire sortir les soldats de Murlat. 
Enfin, en 1373, « au temps des vendanges », après un combat acharné, les Martelois délogent la garnison, et rasent les bâtiments. Il est vrai qu’ils sont aidés par plusieurs seigneurs des environs : Le sieur de Cosnac, Guy Malafaide, sieur de Noailles, Aymar de Miers, et même le baron de Cazillac, « avec beaucoup de gens à pied et à cheval »


 
 
 
Après la guerre de Cent Ans

Le prieuré de Murlat ne s’est pas relevé de ses ruines, et le prieur a dû résider à Murel. Les bourgeois de Martel, fort riches, commencent à guigner les biens du doyenné de Souillac, devenu abbaye. Parmi eux, s’installent à Murel, la famille du riche chapelier La Borie, et celle des Fournier, bouchers et marchands.Les La Borie, puis leurs descendants les Lachièze (Murel), et les Tournier, deviennent propriétaires de la seigneurie de Murel. Peut-être ont-ils une part du moulin ? Au XVIIe siècle, le moulin est entre les mains des Fournier et des Salvat, aussi propriétaires du Pic, puis, au XVIIIe siècle, des Louradour, alliés aux Salvat. Devenus bourgeois, les Louradour afferment le moulin, durant la Révolution. 
Le calme revenu, leur gendre, Antoine Lalé, devient l’un des plus gros propriétaires de Murel. C’est sans doute son beau-père, ou lui-même, qui ont construit les bâtiments actuels du four, de la salledes meules et de la grange. La maison, la tour et la bergerie sont peut-être plus anciennes. La famille Lalé prospère au moulin, pendant tout le XIXe siècle, et achète aussi le Moulin Grand du Pic. La famille Simonen hérite, et ne vendra le moulin qu’en 1964. 
Du XVIIe siècle au XXe siècle, le moulin s’est donc transmis, par héritage, sans jamais avoir été vendu.
On peut imaginer la richesse des archives de la famille Simon, dernière détentrice du moulin. On peut l’imaginer, mais hélas ! ! ne pas pouvoir en profiter, puisque tous ces papiers ont été brûlés, peu avant la vente, en 1962.


 
 
A son Altesse Monseigneur, et à Messieurs des Estats aux païs de Quercy. Supplique du sieur Fornier

 « Supplie humblement Jean Fornier, bourgeois de la ville de Martel, qui représente à Son Altesse et messieurs de ses Estats que les habitants de la paroisse de Cazillac, mal intentionnés pour le pays de Viscomté, ont, de leur autorité, cottisé le suppliant dans ladite paroisse de Cazillac pour la chaussée, et deffuge (1) dudit moulin appelé de Murel, sis dans ladite paroisse de Murel, et juridiction dudit lieu dans le Viscomté, limitroffe (sic) de ladite paroisse et baronnie de Cazillac.
Lesquels sindics ont voulu contraindre ledit Fornier à payer la cotisation… Pour se mettre à couvert de la payer, comme faite sans autre fondement que le caprice des consuls contre les droits du Viscomte, ledit Fornier, pour ne pas payer en deux endroits, a soutenu un procès devant les Eslus de Figeac, et à la Cour des Aydes et Finances de Montauban.
Il est intervenu divers arrêts, dans le premier desquels il est ordonné, que le sindic de la paroisse de Murel, où le moulin et ses dépendances sont situés, sera appelé et, dans le second, qu’un commissaire se portera sur les lieux, pour les vérifier, en présence des procureurs de Son Altesse et du baron de Cazillac.
Parce que cette affaire est commune avec tout le païs, et que le sieur Fornier a fait de grands frais, il supplie Son Altesse de lui faire adjuger les frais et despens, et de les imposer sur toutes les paroisses du Vis-comté, au païs de Quercy.
Il priera Dieu pour la prospérité et santé de Votre Altesse et de ses gens des Estats.»

(1) canal de fuite
 

La Réponse des Etats du Quercy :

« Nous ordonnons qu’il sera cottizé sur les contribuables à la taille dans la paroisse de Murel, la somme de cent livres, payables d’ici deux ans en quatre pacts égaux
                 Fait à Turenne, Assemblée des Etats du Quercy le 7 décembre 1682 ».

"Ont signé : le duc de Bouillon, Mirandol député de la noblesse et sindic général, de Courèze, premier consul de Martel, Folhols, premier consul de Saint Céré, Drulie, premier consul de Gagna, Girbaud, greffier des Etats."


 
 
Pour comprendre cet acte, il faut rappeler que le Vignon sert de frontière, jusqu’à l’achat, par le vicomte de Turenne, de la baronnie de Cazillac, entre la vicomté qui s’étend sur la région de Martel, et la baronnie qui comprend Cazillac, et a des droits sur Strenquels.
Le vicomte perçoit une taille (impôt) beaucoup plus faible que la taille du Roi payée à Cazillac. On comprend que le sieur Fornier proteste contre la double imposition, et cherche à se faire cotiser uniquement sur Murel, en vicomté.
Or, un peu comme les anciens chemins, les ruisseaux, servaient alors de frontières. Les moulins avaient donc souvent un pied dans une paroisse, et un pied dans l’autre. Le moulin de Murel a donc un pied à Murel, et un pied à Cazillac.
Il serait intéressant de savoir pourquoi, c’est la deffuge du moulin, et non le ruisseau, qui sert de frontière. Il est probable qu’à un moment donné, on a considéré la deffuge, comme le cours naturel du ruisseau.

 
 
 
 

L'imposant pigeonnier se mire dans la retenue.
Le moulin face est.

On distingue nettement la grange-étable avec ses deux niveaux : étable au rez-de-chaussée, vaste grange au-dessus. 

On distingue aussi le canal de fuite et le Vignon au pied du four.

 Le pigeonnier et le pont . Au premier plan la Doue (anciennement le Vignon)

 
 
 
 
 
Le pont du moulin

 
 
une pétition à martel

En 1839, M. Lalé propose de faire reconstruire le pont, qui est situé sur la defuite (ou canal de fuite) de son moulin, et sur le territoire de la commune de Martel. Il ajoute que la commune de Cazillac contribuera à cette réparation. Le conseil municipal de Martel arrête que la commission, ci-devant nommée pour examiner le pont, s'adjoindra un de ses membres, M. Judicis, et fera faire par Moncany, maçon à Gluges, un devis estimatif, à la vue duquel, il sera statué sur les suites à donner à la proposition de M.Lalé 
Il faut croire que rien n'a été fait, car les habitants de Mas la Fon et de Murel adressent en 1848 une pétition à Martel.
 


 
 
 
1848. Aux citoyens composant le conseil municipal de la ville de Martel, les soussignés, habitant Martel et Cazillac.
Citoyens,
         Un pont, dont la construction paraît être très ancienne, existait sur le ruisseau du Vignon, tout près du moulin de Murel, et servait aux communications des habitants de Martel, avec le village de Mas la Fon, et autres lieux de la commune de Cazillac, et vice-versa. En outre, il était indispensable aux habitants de la rive droite du ruisseau, c’est-à-dire du bourg de Murel, et de la commune de Martel, pour aboutir au moulin de Murel.
Depuis longtemps, ce pont menaçait ruine. A une époque qui n’est pas fort ancienne (1839), le conseil se préoccupa vivement de son mauvais état, et résolut de le faire réparer. Une commission fut nommée pour l’examiner. Les réparations à faire, et un plan furent dressés.
Toutefois, les choses en restèrent là, et ce pont, ainsi abandonné, a fini par s’écrouler, en sorte que, pendant tout le temps que les eaux sont un peu fortes, les communications de Martel et Murel avec le moulin, et avec Mas la Fon, sont interrompues.
La dépense à faire pour cet objet n’est pas considérable. Il est inutile de faire construire un pont en pierre; il suffira, après avoir fait réparer les murs, qui doivent soutenir le pont, de faire jeter par dessus quelques poutres, et de les munir d’une rampe, pour éviter les accidents, qui, sans cette précaution, ne manqueraient pas d’arriver.
Les soussignés vous supplient d’aviser au moyen de faire exécuter les réparations.
Signés : Jarrige, Verdié, Leymarie, Lavergne, Delvert, Levet, Valladier, Lalé, Baptiste Cert, Coste.

Finalement, le pont est reconstruit en pierre, sans doute selon les plans de Moncany, et aux frais de Lalé.
 
 
 
 
 
 
 
 

LE  MOULIN  AU  TEMPS  DES  DELMAS. (1905-1916)

 
 

 
 

Monsieur Henri Delmas, né au moulin le 14 janvier 1915, est venu nous rendre visite en 1975.
Son père, Pierre Delmas, de Montvalent s’est installé au moulin en 1905. Il est parti en retraite en 1916.
Il a essayé de nous peindre la vie du moulin durant cette période qui précède la première guerre mondiale à travers les souvenirs de ses frères et de ses parents.


 
 
Le métier de meunier

C’était un dur métier où il fallait soulever d’un coup d’épaule des sacs de 50 kilos, et où il fallait se mettre à trois pour dégager une meule avec des leviers et des supports (sans potence). 
Le meunier, ses quatre fils, et les valets allaient eux-mêmes chercher le grain à moudre, avec leurs mules et leurs chevaux. Ils montaient à Escougnes, Murel, et Mas la Fon, par les petits chemins tortueux. Ils allaient même parfois jusqu’à Cuzance, de l’autre côté de la route de Martel à Cressensac 
Les diverses sortes de grains à moudre exigeaient un piquetage différent des meules. Ainsi, toujours dans le moulin de Murel, une meule servait pour le fromentet produisait la farine la plus fine possible, une autre pour le mescle (mélange de grains et de farine plus grossière), et la troisième pouvait moudre toutes sortes de produits, mais, châtaignes, ou glands.


 
 

La salle des meules

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 


 
 
 
 

Un tournant avec sa trémie et ses meules.
La potence servait à soulever la meule tournante quand il fallait la repiqueter et la rhabiller. 


 
 
 

   Une meule dormante est solidement posée sur un socle en pierre, laissant ici un passage au meunier pour accéder aux roues motrices. (les turbines)


 

Le Tacaud : nom donné par les meuniers à la tournante la plus lente. 
Celle dont la vitesse était la plus élevée, avait pour nom, la Rapide.


 

Voici le blutoir qui séparait farine et son. Il était actionné par une courroie qui le reliait à l'axe d'un tournant.


 
 
 

L'accès à la véritable usine sous la salle des meules, là où il y a les turbines.


 
 

L'usine avec un de ses trois turbines.
Au-dessus, on aperçoit une meule dormante


 

 

L'usine.

 Ici deux turbines. Le troisième est séparé par un muret. Les turbines ne sont pas visibles, car ils sont recouverts d'une enveloppe métallique à l'exception de la partie inférieure, afin que l'eau puisse exercer une  pression plus forte sur les pales.


 
Les gens faisaient moudre du froment, (ils voulaient alors de la mouture très fine), du méteil, mélange de blé et de seigle, appelé aussi mescle, de l’avoine pour leurs bêtes et du maïs. 
Il y avait trois tournants à grains. Le plus beau et le plus rapide venait de Souillac. Sa tournante pouvait tourner à 180 tours/minute et servait pour le froment. 
  La salle des meules est actuellement dans le même état qu'elle était, lorsque le moulin a cessé de fonctionner en 1947. Nous n'y avons fait aucune transformation, désirant la laisser "dans son jus". Il en est  de même pour tous les autres bâtiments, exception faite de la plus grande partie des toits et des portes et fenêtres qu'il a fallu remplacer.

 
 
 

La retenue
 
Elle était faucardée tous les ans, après avoir été mise à sec. Un petit vivier se trouvait dans le pré, avec des truites. Un autre vivier à anguilles était dans la retenue. Le soir, on mettait des lignes, sur le bord de la retenue, avec de gros hameçons et des vers. Les anguilles s’y prenaient durant la nuit, et on relevait les lignes le matin. Le fond de la retenue, peu élevé prés du moulin, s’enfonçait de quatre ou cinq mètres jusqu’à former un véritable bassin, cent mètres plus haut.
L’hiver, le meunier mettait des nasses, dans le coude du ruisseau, car les truites y remontaient. Elles se cachaient, au pied des piles du pont, et au bas de la retenue. L’été, les écrevisses pullulaient.
Les enfants descendaient le ruisseau, dans des baquets à lessive de leur mère. Il y avait plus d’eau que maintenant, parce que Brive n’avait pas encore capté les sources du plateau.
On buvait l’eau plus pure, qui sourdait sous le petit pont. Il y avait aussi d’autres sources, dans les prés d’amont. Quand elles tarissaient, on savait qu’on pouvait pénétrer dans l’Œil de la Doux!

 

 
 
La retenue pleine.

Au fond, on peut apercevoir l'entrée de l'eau dans l'usine.


 
 
 
 
 
 
 
L'entrée de la salle des meules.

En bas le canal de fuite ou défuge.


 
 
 
 
La vie quotidienne

Le moulin et ses habitants vivaient entièrement de leurs propres ressources, sauf pour les céréales. 
Il y avait une treille, devant la maison, qui donnait trente à quarante kilos de raisins. On pressait le jus dans l’étage de la bergerie, et deux énormes tonneaux occupaient le rez-de-chaussée. 
Derrière la maison, s’étendait le verger potager, avec un beau figuier, des pommiers, des pruniers et des noyers. On pouvait arroser le jardin, en débouchant un conduit, pratiqué dans le mur de la retenue. 
Devant la maison, se trouvaient la porcherie et la basse-cour. Il y avait des poules, des oies et des dindes, mais pas de pintades. On utilisait les jeunes dindes pour couver les œufs des oies. Cela durait trois mois, et, à la fin, pour consoler les dindes, on leur donnait à couver de vrais œufs de dinde. Chaque année, on engraissait des oies, et on les vendait au marché de Martel. 
 Le meunier avait une truie, dressée à chercher les truffes. On ne la mettait en chasse, qu’après qu’elle ait mis bas, car le fait de fouiner la terre, avec son groin, aurait risqué de la faire avorter (la truie avorte par le nez). On lui mettait un collier, et elle partait aux truffes. Certains paysans, du côté d’Escougnes ou Tabuste, faisaient, chaque année, deux à trois cents kilos de truffes, qu’ils vendaient au marché de Martel. C’était, avec les noix, les seules rentrées d’argent. 
Le meunier avait aussi le droit de chasse sur trois cents hectares, à la seule réserve que le propriétaire du moulin pouvait venir y chasser, avec ses invités. Le gibier était très abondant. Le soir, on pouvait voir jouer les lapins, derrière la grotte des Anglais. Les san-gliers traversaient les bois, au-dessus de la falaise. Les enfants s’amusaient à débusquer les renards et les blaireaux, dans les grottes au sud du ruisseau. Il fallait se méfier des blaireaux, qui avaient des griffes coupantes comme des rasoirs, capables de vous arracher un doigt, ou l’oreille à un chien. 
Il y avait des chèvres, dont on utilisait le lait pour faire de petits fromages, et quelques moutons. Les agneaux chétifs étaient placés dans la chambre au-dessus du four, où régnait une douce tiédeur. Toute la nourriture était donc assurée sur place.


 
 
 
La maison

La salle du bas était coupée en trois. A l’est, se trouvait la cuisine avec sa vaste che-minée et la souillarde sous la fenêtre. Au nord, une petite pièce parquetée était pourvue d’ un œil de bœuf, qui permettait de surveiller la meunerie. Ses murs étaient faits de lattes de bois et de torchis, et blanchis à la chaux. Le meunier se tenait là pour faire ses comptes. A l’ouest, sous l’escalier, une pièce sombre et humide, au plancher en terre battue, sur-montée des marches en bois de l’escalier, servait de dortoir aux garçons meuniers. 
A l’étage, les enfants couchaient à quatre, dans la plus petite pièce, les parents, dans la chambre au-dessus de la meunerie. La plus grande pièce, au-dessus de la cuisine, était réservée au propriétaire et à ses invités. 
La tour ne servait pas tout le temps. Au rez-de-chaussée, c’était la pièce où l’on faisait le pain, et où l’on mettait les provisions. A l’étage, se trouvait un débarras, avec le linge sale qu’on lavait une fois par mois. Sous le toit, vivaient les pigeons dont les déjections servaient à fumer les terres. 
Au-delà de la meunerie, la grange, toute en longueur, abritait, au rez-de-chaussée, les chevaux, les mulets, les ânes et les chèvres. Les bêtes de trait, qui travaillaient durement, étaient nourries d’avoine, et purgées au printemps avec l’herbe des prés, mais pas trop, pour ne pas leur donner de diarrhée.


 
 
 
La famille

 On faisait trois repas par jour. L’essentiel en était une soupe épaisse aux légumes, où la cuiller tenait debout : c’était la potée. Le menu ne variait guère d’un repas à l’autre. En tournée, le meunier et ses fils se contentaient de casse-croûte. Les repas se prenaient en bas, dans la cuisine, devant le feu. 
Henri Dumas se souvient de ses trois frères, garçons remuants, qui entraient et sortaient, jamais enrhumés, malgré leurs pieds nus dans des sabots garnis de paille. Ils préféraient galoper partout plutôt que d’aller à l’école de Murel, où une jeune institutrice débutante avait du mal à les tenir en place. Il se souvient aussi de sa mère, toujours les mains dans l’eau glacée, et remuant des monceaux de lessive. 


 
 
 

 
Le four

Au dessus du foyer, les agneaux pouvaient se réfugier dans une petite pièce dont le sol était tiède.


 
 
 
La "chambrette" avant l'effondrement de son toit et d'une partie de son mur.

 

La "chambrette"  pendant et après les travaux de restauration


 

L'imposante tour.

 La pièce du rez de chaussée servait à faire le pain.
 A l'étage, un débarras servait à entasser en particulier le linge, que l'on ne lavait qu'une fois par mois. 
 Sous le toit, vivaient les pigeons dont les déjections servaient à fumer le jardin potager.


 
 
 
 PROCES

 
 
10.01.1829. Un client mécontent. 

Michel Perier, maître charpentier, Vayrac. Antoine Pierre Lalé, propriétaire et meunier habitant au moulin de Murel.
Michel Perier a acheté il y a environ trois mois, cent doubles boisseaux de blé froment représentant cent quartons grande mesure pour la consommation de sa maison, moyennant le prix total de 100F, à raison de 5F le quarton de bonne qualité. Lalédevait les faire moudre et tranporter la farine chez Perier, dans la quinzaine suivant la vente, au fur et à mesure des be-soins de la maison. La farine devait être pesée à la livraison, et chaque quarton devait rendre 20 kilos.
Le sieur Perier devait payer comptant à chaque livraison. Or, il n’a encore rien reçu, et le sieur Lalé s’est constamment refusé à exécuter le marché. Il demande l’exécution du marché, et 50F de dommages et intérêts.
Antoine Lalé répond que la demande n’existe que dans l’imagination de Perier.

 
 
10.01.1829. Un client mécontent. 

Michel Perier, maître charpentier, Vayrac. Antoine Pierre Lalé, propriétaire et meunier habitant au moulin de Murel.
Michel Perier a acheté il y a environ trois mois, cent doubles boisseaux de blé froment représentant cent quartons grande mesure pour la consommation de sa maison, moyennant le prix total de 100F, à raison de 5F le quarton de bonne qualité. Lalédevait les faire moudre et tranporter la farine chez Perier, dans la quinzaine suivant la vente, au fur et à mesure des be-soins de la maison. La farine devait être pesée à la livraison, et chaque quarton devait rendre 20 kilos.
Le sieur Perier devait payer comptant à chaque livraison. Or, il n’a encore rien reçu, et le sieur Lalé s’est constamment refusé à exécuter le marché. Il demande l’exécution du marché, et 50F de dommages et intérêts.
Antoine Lalé répond que la demande n’existe que dans l’imagination de Perier.

 
 
10.01.1829. Un client mécontent. 

Michel Perier, maître charpentier, Vayrac. Antoine Pierre Lalé, propriétaire et meunier habitant au moulin de Murel.
Michel Perier a acheté il y a environ trois mois, cent doubles boisseaux de blé froment représentant cent quartons grande mesure pour la consommation de sa maison, moyennant le prix total de 100F, à raison de 5F le quarton de bonne qualité. Lalédevait les faire moudre et tranporter la farine chez Perier, dans la quinzaine suivant la vente, au fur et à mesure des be-soins de la maison. La farine devait être pesée à la livraison, et chaque quarton devait rendre 20 kilos.
Le sieur Perier devait payer comptant à chaque livraison. Or, il n’a encore rien reçu, et le sieur Lalé s’est constamment refusé à exécuter le marché. Il demande l’exécution du marché, et 50F de dommages et intérêts.
Antoine Lalé répond que la demande n’existe que dans l’imagination de Perier.

 
 
20.04.1850.
A la requête de Jean Baptiste Delpech, propriétaire Murel, contre Antoine Lalé, meunier. Delpech possède au tènement du Castel une vigne, bois et friche confrontant, à l’Ouest et au Sud, la vigne de Lalé ou de feu Pierre Louradour, son beau-père. Un tertre Nord Sud les séparait. Le sieur Lalé l’a fait abattre, avec la borne qui se trouvait à l’ouest. Il a coupé du bois au-delà de son mur. Delpech demande 100F de dommages.

 
 
20.12.1850.
A la requête d’Antoine Lalé, meunier à Murel, et Dame Elisabeth Louradour, mariés, habitant le moulin de Murel, contre Jean Baptiste Delpech
Les requérants possèdent un bois de chênes au tènement du Castel contenant 1 hectare 20, confrontant Delpech, Maigne, Jarrige. Delpech s’est permis, en novembre, de couper, et emporter huit jeunes chênes de belle venue. Le bois est dans ce pays d’une rareté qui augmente tous les jours.
Lalé demande 100F de dommages. Delpech dit que les chênes sont dans sa propriété. Il propose de mettre des bornes.

 
 
03.10.1855.
A la requête d’Antoine Lalé, meunier moulin de Murel, contre Jean Bertin, cultivateur et charcutier à Martel.
Jean Bertin doit 39F75 pour prix d’un cochon vendu en 1845. Le 31.12.1854, il lui a vendu la moitié d’un autre cochon à 46F les 50kg si l’animal pesait 200 kilos, et 45F s’il pesait moins. Le cochon a fait 177kg, d’où 88kg750 = 79F85. Total 119F40.
 Le sieur Bertin soutient avoir payé le cochon de 1845, et ne devoir que 25F les 50k pour celui de 1854. Le sieur Lalé observe, que pour donner son cochon à 25F les 50kg, il faudrait qu’il eût été atteint d’aliénation mentale, attendu que le prix, à l’époque du marché, dépassait généralement 50F pour aller jusqu’à 60F.

 
 
3.03.1841.
A la requête de Jean-Baptiste Cluzan, maréchal-ferrant Martel ai cité le sieur Lalé, meunier, Moulin de Murel. Cluzan réclame 28F75 centimes, de diverses réparations faites aux outils de Lalé, fournitures de fer et acier, et pour avoir ferré le cheval de Lalépendant 22 mois, à raison de 12 F par an qu’il prit à l’abonnement le 24 juin 1838.

 
 
2.11.1844.
A la requête de François Toumazou, boulanger à Martel, ai cité le sieur Lalé, meunier à Murel, pour payer 100F de dommages et intérêts, pour s’être permis, sans aucune provocation de la part du plaignant, et à la suite de quelques discussions qu’ils avaient ensemble dans le café du sieur Foulhiade à 5h½ du matin, le 24 octobre dernier, de le saisir à la gorge, le poussant vivement dans la cheminée du salon à droite, et après l’avoir renversé par terre, de lui asséner plusieurs coups de poing.
Lui mettant ensuite un genou sur la poitrine, le sieur Lalé aurait infailliblement étouffé la plaignant, sans le secours de personnes présentes à la rixe qui s’empressèrent de le délivrer, en l’arrachant à la brutalité du sieur Lalé, homme si fort et si vigoureux, qui paraissait bien disposé à lui porter un dernier coup.

 
 
8.02.1846.
Nous, commissaire de police, Martel, constatant que hier, vers les 8h du soir, étant en tournée de surveillance et arrivé au haut des Cordeliers, avons entendu un bruit partant de la maison du Sieur Delluc fils, limonadier, située au bout de la place dite du Dehors…. avons aperçu plusieurs habitants des environs de la place des Cordeliers sortir de leurs maisons avec empressement, et se diriger vers ladite maison Delluc, dans la cour de laquelle nous sommes entrés, et avons trouvé un nombre considérable de personnes.
Ayant pénétré dans la foule, nous avons entendu plusieurs individus que nous n’avons pu reconnaître, soit à cause de l’obscurité, soit que la plupart fussent des étrangers à la ville, tous vociférant, sans pouvoir distinguer que des plaintes et des menaces. Parmi  eux, néanmoins, nous avons enfin rencontré le Sieur Delluc et son épouse, qui s’efforçaient de les apaiser. Ils ont déclaré qu’à la suite d’une discussion entre quelques individus de la campagne qu’ils ne connaissaient pas, le Sieur Lalé père, meunier à Murel, s’étant livré contre un des dits individus à des voyes de fait et violence, sans qu’il se soit aperçu que personne ait été frappé, avait occasionné une rixe, tumulte et tapage, qui a troublé la tranquillité des habitants du quartier. Citation à comparaître pour le Sieur Lalé le 19.02.1846. Contravention à l’article 479.8 du code pénal.

 
 
7.03.1846.
Le commissaire de police, Martel, informé vers une heure après-midi que le Sieur Lalé, fils d’Antoine, meunier à Murel, vendait du grain dans la maison du Sieur Fayette, place des Cordeliers à côté de celle de Jean-Baptiste Chassang, propriétaire. Etant monté par la porte donnant sur la petite rue, nous nous sommes introduits dans la grande pièce située au bout de l’escalier et prenant jour sur la place des Cordeliers, dans laquelle pièce, nous avons remarqué une dizaine de personnes, dont les uns fermaient des sacs remplis de grains, d’autres attendaient sans doute leur tour tenant leurs sacs sous le bras, d’autres recevant dans leurs sacs le grain qu’y versait le nommé Jean Gouygou, garçon meunier placé près d’un tas de grains. Lequel Gouygou, nous a déclaré qu’il appartenait à son maître qu’il nous a désigné. Nous avons reconnu le Sieur Pierre Henri Lalé, et avons remarqué qu’il recevait de l’argent d’une personne tenant devant elle un sac plein de grains.
Ayant représentéau sieur Lalé qu’il était défendu de vendre des grains hors de la halle, il nous a répondu qu’il y avait fait porter un sac. Une femme s’est présentée à nous, et a déclaré que c’était sur ce sac dans la halle qu’elle avait convenu du prix. Il en résulte que ce sac était destiné à servir d’échantillon. C’est une contravention à l’arrêté du maire du 10 juin 1827, et à l’article 471 du code pénal.

 
 
23.06.1848.
A requête du sieur Antoine Lalé, marchand d’huile, demeurant à Murel (Patente de 2ème classe n°60), ai cité Jean Bousquet de Meyssac comme témoin contre le sieur Teillard du Touron (Cazillac).
 Le sieur Laléréclame 23F88 centimes pour 132Kg½ de pain de noix livrés à trois reprises du 10.02 au 8.04.1846. Pierre Teillard répond qu’il n’a pris le pain de noix qu’à deux reprises, et a payé le sieur Lalé. Il ajoute que le sieur Lalé, patenté, fait le commerce du pain de noix comme marchand. L’article 2272 du code civil porte que les actions des marchands contre les particuliers se poursuivent un an. Or, il y a plus de un an depuis la citation. Jean Bousquet, témoin, était domestique chez Teillard, et l’a quitté avant le 1er juin. Il s’était mal conduit avec son maître, l’avait maltraité la nuit de son départ. Il peut donc être récusé.

 
 
 
 
 

Le moulin de Murel après 1820

 
 
Nous avons vu que le moulin a été vendu par l'abbaye de Souillac à des bourgeois, vraisemblablement durant les Guerres de Religion vers 1560-1570.
Le moulin va rester dans la même famille jusqu'en 1964, sa transmission par héritage, même si parfois le nom change quand la seule héritière se trouve être une fille.
Ainsi, des Fournier, on va successivement passer aux Louradour, Lalé et Simon.

Antoine Lalé (1800-1883)

En 1820, Élisabeth Louradour, seule héritière, épouse Antoine Lalé, d'une famille de meuniers d'Argentat. C'est un homme dynamique. Il va être de longues années conseiller municipal de Murel.
Quand il arrive au moulin de Murel, le cadastre de 1810 montre que tous les bâtiments actuels existaient déjà. Il va bénéficier d'une période favorable aux campagnes (1830-1880).

Il reconstruit toute la partie comprenant l'usine (la salle des turbines et des tournants), la grande pièce au-dessus qui donne sur la retenue et la grange étable. Nous savons par un acte que nous avons retrouvé, qu'il a acheté des pierres, lors de la destruction d'une partie du mur d'enceinte de Martel et de la porte de Brive. Il fait reconstruire le pont, vraisemblablement le four, dont le fournil a certainement été bâti par des tailleurs de Nespouls. La tour imposante date certainement également de cette époque.
Peut-être, une partie des travaux avaient-ils déjà été engagés par son beau-père ? 

Il en profite pour moderniser l'usine en faisant appel à des spécialistes de Souillac. Le plafond de l'usine est maintenant voûté. (Les tournants reposaient autrefois sur des poutres de chêne)
Antoine Lalé assure lui-même la direction du moulin. Il délègue de nombreuses tâches à un aide meunier dont il a la totale confiance. Les affaires marchent bien. Il achète quelques terrains.

Dès 14 août 1833, il achète le moulin Grand du Pic ou moulin du Pic haut, le premier moulin en aval du moulin de Murel. L'achat d'un deuxième moulin n'était pas une décision si rare à cette époque car il permettait ainsi d'éliminer un concurrent. Mais au lieu de moudre davantage de farine, il va consacrer l'essentiel de son temps au négoce des noix, leur transformation en huile et sa vente. Il devient un roulier (voiturier conduisant de grandes charrettes, des charrois sur des chemins ou routes rouliers). Il prospecte le Rouergue, et l'Auvergne, ramenant les produits locaux comme par exemple du fromage. Petit à petit, son fils Pierre Henri, assisté de quelques aides, va se joindre à lui dans cette nouvelle activité.

Le 7 juillet 1869, sa femme décède, laissant trois enfants, un garçon et deux filles. Par une donation-partage, le moulin revient à son fils, les filles se partageant des terrains. Mais Antoine Lalé gardera la haute main sur les deux moulins et le lucratif négoce de l'huile jusqu'à sa mort en 1883. Il aura donc présidé aux destinées du moulin durant 63 ans. 
Durant cette période, le moulin de Murel ne sera jamais affermé.

Pourquoi Antoine Lalé, meunier, se reconvertit-il dans le négoce de l'huile de noix ? Nous pensons qu'assez vite, il a dû prendre conscience des nuages qui s'accumulaient sur l'avenir des moulins.

La multiplication des moulins après la Révolution exacerbe en effet la concurrence entre eux. Très vite, ils vont être trop nombreux. En France, leur nombre va passer à près de 100 000 en 1810 !! 

L'accélération du progrès technique permet d'accroître le rendement des usines tout en améliorant la qualité de la farine. Mais il faut procéder à de très lourds investissements à commencer par le remplacement des bâtiments pour construire des minoteries, comme le fera le moulin de Beyssac, le dernier moulin du Vignon. L'arrivée de nouvelles énergies, le diesel et surtout l'électricité. bouleverse les conditions de travail. On peut travailler toute l'année par la simple pression d'un interrupteur, à l'heure que l'on veut. Le meunier n'est plus esclave des caprices de l'eau. En 1865, l'arrivée des cylindres qui écrasent les grains, est le signal du début du déclin irrémédiable des meules, irrésistible à partir de 1890. 
Les gens, d'autre part, font de moins en moins leur pain, l'achetant aux boulangers qui se ravitaillent auprès des minoteries, seules capables de leur fournir de la farine bien blanche et en grande quantité.
Le Lot, enfin, se vide de ses habitants. La chute brutale de la natalité après le phylloxéra et la saignée de la première guerre mondiale vont considérablement diminuer le nombre de bouches à nourrir.

Antoine Lalé a certainement assez vite pensé que la course à l'innovation était perdue d'avance. Et puis, surtout, la technique ne l'intéresse pas. En fait, c'est un commercial, un homme de contact qui aime les déplacements. La preuve en est qu'il va lui-même avec son charrois parcourir les routes, vendre son huile et ramener des produits des pays qu'il traverse. 

Certes, il a apporté quelques aménagements au moulin de Murel, profitant de la reconstruction de l'usine à son arrivée au moulin, mais il ne va plus faire aucun effort de modernisation. Il y ajoute simplement un blutoir. En 1964, nous trouverons un moulin qui n'a subi aucune transformation. Il va exclusivement se consacrer au négoce des noix.
 

Quand Antoine Lalé achète le moulin Grand du Pic, il a seulement 33 ans. Il est dans la force de l'âge. 
Son fils et quelques aides vont l'assister dans ses nouvelles activités. 

Son arrière petite fille, encore vivante (94 ans en 2004), a cependant sur lui une opinion assez critique, car, dit-elle, il aimait un peu les jeux, fréquentait de temps à autre les tripots. Elle ne lui pardonnera jamais d'avoir ainsi perdu un pré de peupliers !!!

Son bilan est au contraire très flatteur :
  - reconstruction et modernisation du moulin vers 1830.
  - achat de nombreux terrains : il va devenir l'un des plus grands propriétaires terriens de Martel. 
  - développement d'un négoce très actif d'huile de noix.

Les livres de comptes d'Antoine Lalé, aimablement prêtés par Melle Peuch, l'actuelle propriétaire du moulin Grand du Pic, montrent l'intense activité de ce moulin à huile de noix. Il fonctionnait beaucoup à partir du mois de septembre. Les fournisseurs de cerneaux étaient les grands propriétaires terriens des environs et aussi des métayers des villages alentour.
Les noix fournissaient, à la première presse, une huile destinée à la table, puis des huiles de moindre qualité pour l'éclairage et enfin pour le graissage des essieux. Le restant, les tourteaux ou pains d'huile servaient à  la nourriture des animaux. Le moulin pressait également le lin.
Avec l'ouverture de la ligne de chemin de fer de Brive à Figeac en 1862, il expédie par la gare des Quatre Routes, des barils d'huile vers Rodez ou Villefranche, plusieurs fois par mois.
 


 
 
Le moulin Grand du PIC ou moulin du Pic haut. 

Face nord avrc son canal de fuite.

Le moulin Grand du PIC

Face sud. Côté des chambres avec boiseries. Les chambres étaient relativement humides car l'eau remontait un peu par les murs.


 
Le moulin Grand du PIC.

Détails de la face nord.
Ce moulin a beaucoup de charme.


 
 
 
Pierre Henri Lalé (1822-1903)

Pierre Henri Lalé, né en 1822, décède en 1903. Il a 81 ans.
Il se marie à Adeline Ayrolles, originaire du Py de Loubressac, d'une famille aisée. La dot est constituée de draps dans une armoire bergère et de colombine.
Pierre Henri est un homme sérieux et travailleur. Sa petite fille ne tarit pas d'éloge. D'après elle, c'est la grande période de prospérité de la famille. Il ne va cependant vraiment prendre en main les moulins et le négoce qu'à la mort de son père. Il a déjà 61 ans. Il ne va procéder à aucune transformation ni modernisation du moulin de Murel, se contentant, comme son père, de confier son fonctionnement à un aide meunier de confiance. Ce n'est qu'à l'âge de 77 ans, en 1900, qu'il affermera le moulin au meunier Carlux.
En fait sa principale occupation sera, comme son père, celui du négoce d'huile pour lequel il semble avoir également des dispositions. Les chemins de fer aidant, il prospecte jusqu'à Lyon, Marseille, Clermont-Ferrand, Decazeville etc.
     Il habitera toujours le moulin de Murel. Il y a deux garçons meuniers, deux domestiques qui l'aident à prospecter le marché et une servante. Les parents logent dans la grande pièce au-dessus de la salle des meules, le fils et la servante chacun dans une chambre. Les garçons meuniers et domestiques logent dans la "chambrette", bâtiment en dessus du four, afin d'éviter toute promiscuité.


 
 
 
Antoine Clément Lalé (1856-1895)

Né en 1856, il décède en 1895. Il a seulement 39 ans.
Il épouse Augustine Leymarie. Dépressif, des rumeurs courent selon lesquelles sa femme l'aurait poussé sur une meule. Il semble qu'il se soit plutôt suicidé.
En 1887, ils ont une fille, Marie Louise. Elle a 8 ans à la mort de son père. Elle hérite à 16 ans à la mort de son grand-père. Mise sous tutelle, ses biens sont gérés par sa mère.
 Elles habitent au moulin Grand du Pic, moulin moins isolé qui longe la route Martel Les Quatre Routes. La mère et la fille apprécient aussi son confort bourgeois avec de belles boiseries. Augustine ne semble pas très recommandable. Quand sa fille aura sa majorité, elle fera disparaître avec la complicité de son deuxième mari, tous les meubles du moulin Grand du Pic. Marie Louise aura le plus grand mal à les récupérer. Un lot de pièces d'or, trésor de la famille dont il était entendu qu'il ne fallait pas se séparer, disparaît également. Marie Louise, l'héritière ne les retrouvera pas.

Antoine Clément n'a jamais géré directement le moulin de Murel car, mort avant son père, il n'en a jamais été propriétaire.
 


 
 
 
Marie Louise Lalé (1887-1964 ?)

Bien que née au moulin de Murel, elle passera la plus grande partie de sa vie au moulin Grand du Pic. 
Elle est majeure en 1908 et se marie en 1909 à Cazillac avec Pierre Simon, licencié en droit, inspecteur de l'enregistrement. L'administration des biens de Marie Louise va donc lui être confiée. Après le meunier Carlux (1900-1911), le moulin sera successivement affermé aux Delmas (1911-1916, aux Decros (1916-1931) et aux Maillot (1931-1937). (Contrat de fermage : contrat à 3, 6, 9 ans par lequel un propriétaire abandonne à quelqu'un, le fermier, ici un meunier, l'exploitation d'un bien rural, ici le moulin avec tout ou partie de ses dépendances. La redevance annuelle est fixe durant la durée du contrat) 
 


 
 
 
Le moulin du temps des Decros (1916-1932)

Nous avons de nombreuses informations, grâce à la famille Decros, qui a bien voulu, et nous l'en remercions vivement, nous remettre des photocopies de la correspondance échangée entre M. Decros, meunier et M. Simon.

D'emblée, les relations sont assez difficiles.
Un premier contrat d'affermage est signé le 30 septembre 1916, valable jusqu'en 1925.
Des litiges vont naître car Decros a loué à son profit le pré de Murlat 45 F, sans en avoir au préalable, comme le prévoit le contrat, demandé l'autorisation à M. Simon. Il demande d'autre part une diminution du loyer annuel.

Par une lettre du 23 octobre 1917, il refuse et l'inspecteur des impôts, donne une analyse très précise de sa situation. 
Le montant annuel fixe du bail à ferme de 450 F ne lui laisse net, compte tenu des frais d'assurance, réparations, et impôts qu'il n'aurait pas eus à supporter en laissant le moulin "fermé", que la somme de 250 F. Or cette somme correspond à la somme qu'il retirait de la seule vente des noix du moulin. Ce qui explique, rappelle-t-il, ses hésitations à affermer le moulin.
M. Simon, d'autre part, voit, d'année en année, fondre son pouvoir d'achat. Non seulement, comme tous les fonctionnaires, ses salaires et avancement sont bloqués, mais les prix augmentent. Son loyer à Montauban, en particulier, a augmenté d'un tiers car il n'a pas de bail écrit. Il en est de même pour ses impôts. Et conclut-il, "Ce n'est pas avec un traitement et des revenus restés les mêmes et qui ne me permettent plus depuis longtemps de manger de la volaille ou du cochon, que je suis en mesure de faire des cadeaux." Nous sommes en effet en pleine guerre. Les fonctionnaires sont les grands perdants. Ils ne peuvent se rattraper sur rien, car ils ne produisent rien. "Nous supportons intégralement", dit-il, à juste titre, dans la lettre du 23 octobre 1917, "le contrecoup financier des évènements." 
M. Simon enfin, a le plus grand mal d'obtenir de son meunier, qu'il procède aux réparations d'entretien. 
De son côté, lui-même  ne procède pas ou avec un grand retard et réticence, aux gros travaux à sa charge, comme la réparation de l'étable devant la maison, la toiture de la grange et fournil, et le remplacement des montants des vannes du déversoir qui menacent ruine et peuvent occasionner des accidents. 

Le meunier Decros s'en tire plutôt mieux. Il peut se nourrir sur place, il est logé à bon compte et peut vendre à bon prix les produits provenant de quelques élevages et de la pêche. M. Simon lui fait remarquer que les industriels, les commerçants et les agriculteurs augmentent les prix de leurs produits au fur et à mesure que croit la cherté de la vie. "Vous, faites au moulin vos affaires, gagnez de l'argent, prospérez-y, personne plus que moi n'en sera heureux et personne ne le souhaite plus que moi". 

D'après la fille de Marie Louise, les Décros semblent des personnes assez dures. Ils ne laissaient approcher personne du moulin. Ils ne voulaient pas nourrir les ouvriers chargés des réparations. Les relations se détériorent.

Un deuxième contrat est cependant signé toujours avec les Décros pour sept ans (1925-1932).
C'est que M. Simon n'a pas le choix. En effet, malgré le très faible montant des baux, les propriétaires éprouvent les plus grandes difficultés à trouver des meuniers. Au début d'émigration de jeunes Lotois depuis 1850-1865, s'ajoutent l'exode rural après le phylloxéra en 1880, et la guerre 14-18 qui va voir des classes de jeunes décimées. 
Le loyer, toujours fixe, est de 750 F annuel. Son montant est plus élevé, certes, mais il reste faible. Le contrat d'affermage nous apprend en effet, que le simple coût journalier de la seule nourriture d'un ouvrier est de 10 F par jour. Le loyer annuel ne représenterait donc, même pas le coût de la seule nourriture de 75 jours d'ouvrier, compte tenu des dépenses engagées par l'affermage du moulin. 

La situation de M. Simon va s'aggraver car la forte inflation continuera après la guerre, et les traitements ne vont pas suivre. 

Le moulin ne rapporte pratiquement rien. Il est pour M. Simon une source constante de soucis.
Les rendements restent désespérément faibles, 80 kg de farine par heure quand il y a de l'eau. Il n'a aucune intention de moderniser le moulin. 

M. Decros de son côté, ne semble toujours pas faire preuve de beaucoup de bonne volonté. Il répugne toujours à assurer les travaux d'entretien.
 En mars 1930, de graves inondations occasionnent de gros dégâts au moulin dont les réparations sont à sa charge. Marie Louise, par sa lettre du 21 mars 1930, déplore les pertes qu'il a subies, d'autant plus qu'il n'aura pas d'indemnités car le Lot n'est pas dans la liste des départements, compris dans la zone inondée. 

Ces données, traduisent la situation difficile que connaît en 1932 le moulin de Murel. 

La situation des propriétaires et de leurs meuniers n'est pas spécifique au moulin de Murel. Elle ne fait que se dégrader. On va assister à de nombreux abandons à partir de 1930. Le meunier qui part n'est pas remplacé.


 
 
 
Le moulin du temps des Maillot (1932-1938)

Le moulin va cependant de nouveau être affermé.
M. Maillot est un brave homme, plutôt mou et un peu buveur. Sa femme est gentille. Il faisait lui-même des tournées avec un mulet qui était très fort, mais très méchant. Dès qu'il voyait qu'on voulait l'atteler, il reculait et mordait. Finalement M. Maillot s'en sépare.
Les gens de Murel entendaient sa venue de loin car il faisait claquer son fouet dans la côte, claquement dont l'écho montait jusqu'à Murel.
Dès qu'on l'entendait, les femmes mettaient un chiffon blanc pour lui signaler de venir passer. Il chargeait le grain et ramenait la farine dans les huit jours.
Le grelot du mulet annonçait également son approche, toute une série de grelots de taille différente, au cou du mulet, produisait comme une sorte de carillon.
 Les gens de Martel et Murel se rappellent certains jours où ils pouvaient se promener dans la vallée et mangeaient dans la plus grande convivialité truites, écrevisses et anguilles.
Tout s'arrête en 1937. 

Pourquoi M. Simon a-t-il conservé ce moulin qui ne rapportait plus rien, et était la source de nombreux soucis ?
Il semble que sa femme, bien que n'ayant pas passée son enfance au moulin de Murel, y tenait beaucoup. Nous en avons eu confirmation lors de sa vente en 1964. M. Simon ne vendra donc pas le moulin de Murel. Ce n'est pas cependant l'envie qui lui manque. "Le moulin est à vendre, cela ne me gêne pas" dit M. Décros dans une lettre du 24 avril 1922. Il ne sera pas vendu. Le moulin sera affermé jusqu'en 1937, dans l'espoir nous semble-t-il, qu'un  minimum d'entretien soit assuré afin d'éviter qu'il ne tombe en ruine.


 
 
 
Le moulin durant la guerre 39-40

Le moulin sera inhabité. Il reprendra clandestinement du service par Peyridieu, le deuxième mari d'Augustine Leymarie, mère de Marie Louise Simon. Il aura des problèmes avec la gendarmerie, car il n'a aucun droit sur ce moulin.
Le moulin, aux dires des filles de Marie-Louise, va alors être occupé par le maquis. On l'appellera dit-t-elle le "Moulin du Marquis". Il est devenu un lieu de réunions assez festives.
Marie Louise, devenue veuve, le retrouvera après la guerre en assez mauvais état. 

C'est alors qu'un adjoint au maire eut l'idée de faire de cette vallée, disent toujours les filles Lalé, un genre de "Luna Park" pour les gens de Martel.
Marie Mouise refuse de céder son moulin et une partie des terres dans la vallée qui l'entourent. 
Tout est alors bon pour faire céder les femmes : jets de très grosses pierres après des travaux de réparation d'un toit, mitraillage à coups de fusil dans les portes et volets récemment réparés, traces d'un feu de bois contre le contrevent donnant sur le jardin. Marie Louise et ses filles prennent peur et contractent une assurance valeur à neuf très coûteuse. Leur détermination est totale. 
Tout se calme avec l'arrivée d'un nouveau maire. 

Marie Louise assure un minimum d'entretien, en particulier la réparation des toits.

En 1960, une des filles a une crise cardiaque. Elle ne peut plus conduire au moulin sa mère âgée de 76 ans. 
Quatre ans plus tard, en 1964, Marie-Louise se décide à vendre le moulin, car ses filles n'en veulent pas. Elles n'y ont jamais habité. Elle a 80 ans.
C'est un peu une tragédie. Les gens de Martel et des environs immédiats ne sauront jamais que le moulin est à vendre. Elles brûleront tous les papiers, perte irréparable, car la famille se séparait d'un moulin qu'elle possédait depuis plus de 350 ans.
 


 
 
 













 
 
 



 
 
 



 
 
 

                             Le moulin du Pic (Bas) dont il est question, est le moulin en aval du moulin du Pic (Haut), propriété de Marie Louise Lallé





 




 



 
 
 

                                                         Cette lettre est écrite sur un imprimé à entête de l'administration fiscale.
 
 



 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 

Le Vignon, le four et la bergerie, appelée à l'époque "chambrette".


 
 
 

Une vue générale de la retenue du moulin de Murel.

On voit très bien, qu'elle est en surplomb de la vallée. Le Vignon se jette dans la retenue pour la quitter par deux déversoirs. Il n'y a pas de canal de dérivation.